
Si les provinciaux correspondent tout à fait à l'idée qu'on a raison de s'en faire, c'est à dire vulgaires, habillés chez Monsieur 10 francs, à bêcher leur jardin continuellement et à parler avec un accent à couper au couteau, il n'en est rien des citadins. Non, les citadins ne sont pas des personnes inaptes à toute activité manuelle comprenant ou non un brin de nature, à la moindre odeur de bouse, incapable de quitter leurs villes adorées ou de trouver quelque chose les satisfaisant autant. Non, les citadins n'ont pas tous la peau grise de pollution et les oreilles saignantes de bruit, un compte Meetic sous le bras comme seule vie sociale et un Mc Do comme seul moyen de se sustenter.
L'avantage d'avoir été les deux au cours de sa vie est indéniable. N'ayant pas d'autre sujet d'expérimentation sous la patte, je prendrai mon propre cas. Toute personne douée de raison comprendra vite qu'entre l'Ardèche, seul département français de métropole ne disposant d'aucune gare voyageur dont la spécialité est la "ville-rue" de moins de 1000 habitants, et Lyon, deuxième ville de France, coeur de la région Rhône-Alpes, le fossé est énorme (et je pèse mon mot). Mais une fois le fossé franchis, on rigole plutôt bien. On peut appréhender des paysans perdus dans la rue sans leur sortir un dévastateur "mon brave" et filer ensuite à H&M, ou bien reconnaître un accent local et s'en moquer instantanément avec ses amis citadins.
Le problème, c'est qu'on est vite avalé par la ville. Et lorsqu'il faut en sortir, galère galère. On se rend alors compte à quel point les petites chaussures c'est mignon, mais pas commode, les t-shirt & gilet plutôt sympa, mais lorsqu'on à l'appart à côté pour se changer si jamais il pleut. En bref, perdu sur une aire d'autoroute et sous la pluie, les citadins ont bien l'air con. Ils se demandent alors si la société, sacro-sainte vierge ne les aurait pas lâché, et pourquoi personne n'a eu l'intelligence de construire un arrêt de bus et de métro entre l'A 5 et l'A 31, pour ceux qui n'ont pas de parapluie? La conclusion générale, c'est qu'hors de la ville, tout est bien mal construit, et que si on avait été en ville, peut-être que Métro aurait eu l'idée de faire une action de promotion en distribuant des parapluies gratuits, bien que verts et hideux.
Cependant, lorsqu'on est étudiant, sortir de la ville, même si c'est dur, c'est plutôt sympa. On trouve une compensation à toutes ses peines. L'accès à msn est remplacé par de véritables conversations entre amis que l'on retrouve après plusieurs semaines de séparation, l'excitation de ne pas savoir où sortir tant il y a de choix est supplantée par celle d'être ensembles, les Mc Do par des plats fait maison à tomber par terre, les bières à 1 euro 20 par du vin et du champagne de qualité, les appartements exigus par de belles maisons spacieuses et le métro puant et bondé par une voiture bien pratique. Et lorsqu'on a de la chance, la musique de l'ordinateur portable est remplacée par un ami au piano. On finit par aimer le fait de pouvoir tout allier : confort, espace, sortie, discussions, vrais repas et musique, et on ne se prive pas d'en profiter. Les parents, c'est un voyage 1ère classe en TGV qui remplace l'habituel TER pourri.
On s'étonne de savoir qu'il y a des événements culturels organisés dans une autre ville que la sienne, on ose pas trop demander s'il y a internet jusqu'à ce qu'on aperçoive par surprise un écran d'ordinateur, et on découvre des endroits qui mériteraient de faire partie de sa ville. Bref, c'est un étonnement constant que de quitter la ville, on finit par réaliser que non, on ne nous avait pas menti, la vie existe en dehors du Grand Lyon, et même mieux, le bord du monde à l'air vachement loin. On peut même rencontrer des autochtones.
Lorsqu'on rentre, on est triste de quitter toutes ces endroits à découvrir et de retourner s'entasser dans des 20m2. Puis on passe devant un Mc Do, devant ce-magasin-qui-à-de-bien-belles-chaussures, on se moque de la plaque d'immatriculation de la voiture de devant, et en un tour de main, on redevient citadin. Et en réfléchissant, on se dit qu'on a peut-être été trop vite dans son jugement, le bord du monde doit être juste après Paris.
Toute ressemblance avec des personnes réelles n'est pas fortuite.
Liberté, Egalité, Fraternité, ou la mort.
lundi 19 mai 2008
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