Trouver un boulot, aujourd'hui, ça n'est pas vraiment facile. Sans rire. On a toujours l'impression qu'en se pointant dans les magasins on va se voir offrir l'emploi de rêve, le mois agréable mais occupant en même temps, le beurre et l'argent du beurre (plutôt salé de préférence). Or il n'en est rien. Et j'ai la ferme certitude que ceux qui continuent à lancer des "mais non, il suffit de s'avoir s'y prendre" suivi d'un rire méprisant-mais-pa-trop font partie de la catégorie que les chercheurs d'emplois déteste : les pistonnés. Les pistonnés sont les couples du travail. Les célibataires détestent les couples, parce qu'ils sont chiants, parce qu'ils s'étalent, qu'ils s'affichent, en bref, le monde est à eux, les célibataires ramassent les miettes. Et bien ceux qui cherchent définitivement un emploi détestent les pistonnés, puisque tout est facile, et qu'en plus, on est moins souvent pistonné pour un boulot à l'usine qu'on y est envoyé par intérim. En bref : ceux qui n'ont pas de pistons ramassent les miettes. Lorsqu'il y en a.
C'est quand même fou qu'actuellement, dans n'importe quel magasin, il faille laisser une lettre de motivation pour voir sa candidature éventuellement étudiée. Soit, je comprends bien qu'entre deux cvs égaux elle peut faire la différence, mais il est clair que la photo tranche en premier. Alors la lettre de motivation, c'est un peu une grosse hypocrisie. "Cher responsable de chez Celio, depuis enfant, je rêve d'être vendeur dans votre magasin, afin de m'épuiser toute la journée à expliquer à des clients aussi cons qu'illettrés des choses inscrites sur des affiches, de gagner un salaire de misère et en plus d'être traité comme une sous main d'oeuvre, puisqu'étudiant. Je vous en prie, offrez moi ma chance". Puisque tout le monde sait que l'argent est le seul motif, qui pousse les étudiants à accepter des emplois aussi inintéressant, et qui pousse les responsables à accepter des petits péteux suffisants qui les méprisent en secret, pourquoi ne le dit on pas? Evidemment "GIMME FLOUZE" c'est un peu à proscrire sur un cv, mais cracher des tonnes de lignes de lyrisme surmonté d'un peu de pathos, au final, c'est plutôt illisible et gerbant. Sans parler des formules de politesse alambiquées auxquelles on préférera un "Cordialement".
Et ce n'est pas tout. Puisqu'une fois cv et lettre de motivation rédigés, il faut démarcher. Et quel plaisir. Pour ne pas être de mauvaise foi, il faut avouer qu'on trouve parfois des personnes adorables, avenantes, qui comprennent que c'est pas forcément facile de débarquer pour la première fois en sortant un truc équivalent à "Avant j'étais un tas de viande, aujourd'hui je suis un tas de viande qui s'achète. Achète moi". Et puis, il existe la masse impersonnelle et immense des autres. Le problème des grosses structures, c'est que personne ne sait rien. Les vendeuses ne savent pas où l'on pose les cvs, au 3e étage paraît-il mais elles ne savent pas comment on y va, puisqu'elles sont vendeuses au rez-de-chaussez, comprenez que c'est quand même dur de changer d'étage. Les responsabes ne savent pas si l'on a du travail en Juin, alors laissez moi donc votre cv. Oui mais j'aimerai ne pas raser l'Amazonie pour trouver une rémunération égoïste donc êtes vous sur? Et bien non mais laissez donc un cv. Bref. C'est à se taper la tête contre les murs.
Le plus drôle, jusqu'ici, c'est d'envoyer l'étudiant en agence d'intérim. Et ce fut mon cas. Après un salut polis, on me demande très clairement de détailler mes compétences. C'est là que le bât blesse. On se rend compte, qu'étudiant, on est obligé d'admettre que l'on a aucune compétence. Non, on étudie Droit, Economie, Politique, Actualité, Philosophie, Langues, Histoire, mais niveau compétence, zéro, nada. Un désert de beurre sur une tartine en manque de confiture. On se voit donc répondre que l'on va très certainement finir à l'usine, la pire chose en cela n'étant pas le travail en lui-même mais le vide mental atroce qu'il occasionne.
Si le piston tombe, on chéri la vie de nous avoir permit de rejoindre le camp des winners. Lorsqu'il ne tombe pas, on déteste secrètement papa et maman d'avoir encore une fois loupé quelque chose.
Toute ressemblance avec des personnes réelles n'est pas fortuite.
Peu de lettres pour construire le futur : A... N... P... E!
samedi 31 mai 2008
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