Nous nous imaginons, pour beaucoup d'entre nous, arriver à 30 ans avec un boulot plutôt sympa, une gueule de jeune premier(e), un appart' agréable, des voyages plein les poches, et quelqu'un qui partage notre vie. A ce stade là, je pense qu'il est à peu près facile de comprendre les choses. L'appartement et le boulot pour combler la peur de l'échec social, les voyages pour effacer la peur de l'ennui, la gueule de premier pour repousser au loin le botox, et quelqu'un pour combler la peur de la solitude, et surtout celle de ne trouver "personne". Mais cette personne, on a une curieuse façon de l'imaginer toujours présente, à côté de nous, disposée, aimante. En clair, on désire tous un meuble plutôt canon dans notre appartement sympa, qui puisse accessoirement passer pour un mec en soirée.
En fait, on aurait tous une sorte d'alarme. Il faut le/la rencontrer avant un tel âge, sinon on est foutus. Ce schéma est clairement inscrit, et on se figure tous qu'à un certain âge, qu'on imagine le plus lointain possible alors qu'il va se pointer à une vitesse folle, on aura derrière nous tout un tas de choses qui relégueront cette peur irrationnelle de l'échec au placard. Plus besoin de se soucier de la carrière, de l'argent, du logement, de l'amour, bref, une sorte d'eden où il nous resterait juste à tester les nouveaux produits sur le marché. Le problème, c'est que pour la plupart d'entre nous, cette âge pas si lointain va se pointer et l'alarme nous mettra une grosse claque. L'emploi génial sera sûrement un emploi jeune ou un quelconque équivalent précaire, l'appart' un petit 30m2 qui peut s'en sortir en ayant du charme, les voyages des gouffres financiers, et LA personne, celle qui nous complétera enfin, chassera la solitude, aura autant de chance d'exister que Casimir. Du moins, en chair et en os.
De toute évidence, en tant que génération issue d'une génération, nous sommes forcément des personnes dépassées, puisqu'éduquées avec des perspectives qui ne collent pas avec la réalité qui malheureusement est toujours actuelle. A nous de remuer nos fesses obsolètes pour essayer de se remettre au goût du jour. Et le goût du jour, lui, sans pour autant dire que la personne immuable faisant partie des meubles n'existe pas, à une sérieuse tendance à remettre le couple en question. Quelle vision du couple garde-t-on aujourd'hui? Quelle vision doit on garder, surtout? Il serait idiot de croire qu'un couple comme on l'entendait il y a 50 ans puisse subsister aujourd'hui. Et sur tout de croire qu'à cette époque, la vertu était partout. Non, on restait ensemble de peur d'être lapidé, et on était fidèle parce-que les seules personnes libres venaient d'être lapidées. Pas très alléchant.
On a l'impression que le XXIe siècle nous à amené sur un plateau le couple libéré. Mais quoi, est-il vraiment possible? Ne va-t-on pas finir comme nos parents, sclérosés dans une relation unique? Sans partir sur l'étude de la nature humaine, cette option paraît difficile à suivre. Et d'autant plus aujourd'hui, où l'on peut être partout, avec tout le monde, rien ne nous oblige à respecter des règles quelconques. Cela dit, on voudrait bien pouvoir adhérer à cette logique, mais non, dans un coin de nos têtes, y'a toujours cette connasse de Cendrillon et sa ceinture de chasteté qui nous font la morale. Pas si facile de faire passer des fesses obsolètes dans la modernité. Mais d'un autre côté, qui a envie d'arriver à 50 ans, et de se rendre compte qu'il n'a dans ses souvenirs que des amours classiques, des relations claires, des expériences normées?
L'avantage, c'est d'avoir dépassé, du moins je l'espère, la frontière salope / prude. Aujourd'hui, on conçoit qu'une relation libre ne soit pas qu'une relation de sexe. Fini les catins dont le seul tord était de vouloir vivre des choses un peu plus intenses que ce que la société leur prescrivait pour calmer leurs névroses. Si on a amené l'individualisme si loin, c'est avant tout pour être libres. Non pas pour se retrouver vieux, seuls, sans amour ni famille, mais surtout pour apprendre à posséder différemment. Puisque les schémas ne sont que des schémas, on aurait tord de ne pas en changer.
Toute ressemblance avec des personnes réelles n'est pas fortuite.
Threesome.
lundi 9 juin 2008
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire